Ti-Pit barbu et sa grosse patate

Ti-Pit barbu et sa grosse patate

Il y an environ trois ans, alors que mon garçon n’allait même pas encore à la maternelle, j’ai commencé à lui inventer des histoires à l’heure du coucher. J’étais un peu tanné de toujours lire les même livres, alors un soir je lui ai inventé une histoire de bucheron. On a fait semblant lui et moi d’être autour d’un feu de camp. J’inventai mon histoire comme ça, en improvisant, et en mimant les gestes des personnages. Il a tellement aimé ça, qu’encore aujourd’hui il me demande de lui inventer de tels récits pour le border. Bien entendu l’imagination commence à faire défaut. Mais ça m’a donné envie de mettre par écrit quelques unes des histoires qu’il a apprécié le plus. Aujourd’hui je vous présente l’histoire de Ti-pit barbu et de sa grosse patate, qui soit dit en passant est l’une des ces histoires qu’il me demande encore fréquemment. Je crois bien avoir inventé cette histoire une journée où mon garçon ne voulait pas manger ses pommes de terres! N’oubliez pas qu’il s’agit d’une histoire destinée aux enfants hein! Soyez indulgents dans vos commentaires! ;-)

Ti-Pit barbu et sa grosse patate.
Ces événements là sont survenus il y a quatre ans, pendant qu’on buchait du bois dans les grandes forêts de la côte-nord, à plusieurs jours de route au nord de Chibougamau. Cette fois là, on était… ah au moins une bonne quinzaine de gars à travailler dur pour couper notre bois. Il y avait le grand Jean-Jacques et son cousin Roméo; Marcel, Gérard, Mario et même le petit Étienne avec sa hache magique. Puis il y avait aussi notre Ti-Pit Barbu. On l’appelait Ti-Pit juste comme ça, parce qu’en fait, il était le plus grand et le plus costaud de la bande. Il avait des jambes qui montaient plus haut que notre taille, avec des bras deux fois plus gros que ceux de Jean-Jacques, qui ne laissait pourtant pas sa place côté robustesse. Puis il était barbu, oh ça oui! Une barbe tellement grosse qu’elle lui cachait les oreilles et descendait jusqu’à ses coudes! Sa barbe était tellement grosse qu’il avait l’air d’un ours!

Comme vous le savez, des gars travaillant comme nous, hé bien le soir venu, notre journée dans le corps, on aimait bien flâner un peu en cercle autour du feu. Pendant qu’un préparait la viande, les autres emportaient leur couettes, leurs chaudrons, puis des cannes de bines. On mangeait surtout du porc salé, histoire de nous faire des muscles pour les prochaines journées. Ça fait qu’on profitait de ces moments de repos pour nous conter toutes sortes d’histoires. Des aventures de d’autres camps de bucherons. Et des légendes aussi! Ah ça des légendes, y’en avait! À tour de rôle, pendant que tout le monde était attentif, on y allait de nos souvenirs, qu’on agrémentait toujours un peu de grandiose, de fantasque, et parfois de bêtes si effrayantes qu’on pourrait croire qu’elles venaient direct de l’enfer!

Ça fait que chaque soir, comme à l’habitude, on se racontait nos histoires. Puis tous les gars participaient, aux contes puis au souper. Tous les gars, sauf un. Parce que pendant qu’on festoyait comme ça ensemble autour du feu, pendant qu’on déchaussait nos bottes pour faire respirer nos gros pieds fatigués, hé bien y’en avait un qui lui, s’en allait manger tout seul. Ti-Pit. En fait, on le savait même pas qu’il mangeait. Pour lui, c’était son rituel : quand venait l’heure du souper, il partait silencieusement, en nous faisant un petit signe de tête. Il partait comme ça dans le bois, toujours en direction de la rivière. Lui nous disait qu’après une grosse journée comme ça, ça lui faisait du bien de se baigner. Et quand il revenait, la plupart d’entre nous avaient déjà fini de souper. Souvent on lui offrait un petit bout de jambon ou un morceau de pain. Ti-Pit lui nous disait que la baignade lui avait enlevé son appétit, puis qu’il préférait aller se coucher.

On n’avait jamais vraiment compris comment il faisait pour ne pas manger le soir. Normalement, le matin, il aurait dû être fatigué. Puis à la longue, à force de ne pas souper, il aurait dû faiblir. Mais au contraire! Ti-Pit était toujours en super forme le matin. Ah puis je ne vous parle pas de ces muscles! C’est difficile à croire, mais on aurait même dit que des muscles, il en avait plus à chaque matin. Puis chaque jour, c’était lui qui abattait le plus d’arbres. Hey, sa pile de bois était presque aussi haute que ses épaules!
Ça fait que petit à petit, les gars ont commencé à jaser entre eux autre. Le soir, au lieu de se raconter des légendes puis des blagues salées, on se demandait pourquoi Ti-Pit ne mangeait jamais avec nous autre. Il y en a qui pensait que c’était parce qu’il était trop gêné. Pourtant, au midi ou le matin, il était bien là, puis rien n’avait l’air de le déranger. Alors on était là un soir, en train de parler lui, quand Jean-Jacques a eu une idée de génie.

«Les gars, faudrait qu’on le suive un soir, voir qu’est-ce qu’il fait tout seul dans son coin!»
Je vous dis que ça pas pris de temps qu’on s’est tous mis d’accord. Ça devait faire un bon dix minutes qu’il était parti, notre Ti-Pit. Ça fait qu’on s’est mis à marcher sur le petit sentier, en suivant ses traces. Charlot et Étienne étaient les plus petits, donc ce sont eux qui ouvraient la marche. Comme ça, si jamais Ti-Pit nous entendait arriver derrière lui, les jeunes auraient le temps de se cacher et nous avertir. Au bout de quelques centaines de pieds, on a enfin débouché sur la rivière. Et à notre plus grande surprise, on a vu quelque chose de pas mal bizarre.

On a vu notre Ti-Pit fouiller dans la grande poche de ses pantalons. Il a sorti un petit couteau… et un chaudron!! Oui oui! Un vrai chaudron! Ok, petit quand même, mais il avait un chaudron dans sa poche! Faut dire qu’il était tellement grand Ti-Pit, ses pantalons aussi! Mais le plus étonnant, tandis qu’on était tous collés comme ça, cachés derrière une grosse roche, fut de voir ce qu’il a fait ensuite. Il a rentré sa main dans sa barbe. On aurait dit qu’il fouillait dedans, comme s’il cherchait quelque chose à l’intérieur. Puis il en a sorti…. Une patate! Pas une petite patate à déjeuner là! Oh que non! Une patate énorme! Elle devait peser au moins 3 livres! Je vous le dit, une méchante grosse patate de fou! Bien calmement, il l’a pelé avec son petit couteau de poche, l’a coupé en morceaux, l’a mis dans son chaudron. Avec quelques petits fagots de bois qui trainait par là il s’est parti un bon petit feu pour faire cuire sa patate. Puis il a plongé dans l’eau, et s’est baigné en attendant que ce soit prêt.
Je vous dis que nous autre, caché derrière notre roche, on a trouvé ça ben étrange! On avait enfin percé le mystère de Ti-Pit barbu. Il mangeait des patates en cachette. Sur un camp de bucherons, on a rarement des légumes frais. Ça ne se conserve pas bien, puis les animaux sauvages veulent les manger. C’est pour ça qu’on a toujours une tonne de cannage. Ti-Pit lui, y’avait trouvé le moyen de cacher ses patates pour pas les partager avec nous autres. On est revenu au camp, et on a fait semblant de rien. Mais on avait un plan.

Pendant la nuit, Étienne et Roméo se sont avancé à pas de loup vers la tente de Ti-Pit. Ils l’ont ouvert, puis ils ont délicatement fouillé dans sa barbe. Oh il fallait qu’ils soient vraiment prudents! Personne n’aurait aimé réveiller Ti-Pit en plein milieu de la nuit! Ils ont réussis à sortir trois quatre grosses patates, puis on les a cachés pour le prochain souper. Ça fait que le soir venu, on s’est vite dépêché à faire cuire les patates. Et quand Ti-Pit est venu pour s’en aller, Marcel lui a dit «Vas-t’en pas mon Ti-Pit, on mange des patates pour souper!» Je vous dis que là la face à Ti-Pit a changé! Il n’avait pas l’air de comprendre comment c’était possible qu’on aille des patates tout d’un coup. Instinctivement, il s’est mis à fouiller sa barbe, et on a vu dans ses yeux qu’il venait de comprendre qu’on lui avait volé ses patates! Ah ben là il n’était pas de bonne humeur! Mais quand on lui a raconté comment on l’avait suivi, puis qu’on l’a calmé, il trouvait ça finalement pas mal drôle qu’on ait trouvé son secret. Et c’est depuis ce temps qu’on l’a appelé Ti-Pit barbu avec sa grosse patate. Et c’est aussi depuis ce temps-là qu’on a ajouté des patates au menu du soir, dans tous les camps de bucherons du Québec. C’est à cause de Ti-Pit puis de sa grosse barbe. Et cette histoire là s’est répandue partout très rapidement. Maintenant tout le monde connait notre Ti-Pit, et vous aussi!

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Retour au temps de nos ancêtres

Retour au temps de nos ancêtres

Il y a quelques jours, je recherchais ici et là quelques articles ou textes que j’avais écris par le passé. Il s’avère que j’ai retrouvé celui-ci, que j’avais écris sur facebook et sur mon premier blog en juin 2008. Cela semble faire une éternité. Le prix de l’essence était alors dans les 1,40$ le litre et continuait de grimper. Près de l’endroit où j’habite, il y a de nombreuses fermes, et nous allons parfois en bicyclette faire une courte promenade et regarder chevaux et vaches. Ça m’a redonné envie de partager ce texte, qui m’avait été inspiré d’une chronique radiophonique de l’analyste économique René Vézina.


16 juin 2008.

Il y a quelques temps, l’économiste René Vézina parlait à la radio de la récente flambée du prix du pétrole, hausse largement propulsée par les jeux des spéculateurs, et de la capacité du marché à absorber une telle inflation subite. Il a lancé l’idée qu’une hausse trop prononcée et trop rapide ne pourrait pas être supportée par le marché boursier, et que celui-ci, tout naturellement, s’effondrerait. La crise bien sûr serait énorme. Cependant, M. Vézina a emmené l’idée que la société humaine ne s’en sortirait pas si mal tout compte fait, et que l’on pourrait assister à un retour des bêtes de somme.

L’idée, bien que farfelue à prime abord, a fait son chemin. Si la majorité des agriculteurs ne pouvait plus supporter les coûts des opérations et du carburant pour leurs machineries, ils n’iraient pas tous déclarer faillite du jour au lendemain, car ces gens là ont besoin, comme tout le monde, de gagner leur vie. Progressivement, le cheval de trait comme le boeuf regagnerait sa place d’honneur dans nos champs. Bien entendu, actuellement ce serait du suicide commercial que de se remettre aux bêtes. Pourtant, lorsque 20,30, 40% des agriculteurs ne pourraient plus supporter les coûts énergétiques, il y aurait là bel et bien un enjeu économique, et la société en général ne s’en sortirait pas trop mal, du moins après quelques temps, le temps nécessaire au marché pour se réadapter.

Maintenant, au Québec, depuis 2001, nous assistons à un petit baby-boom. Rien de comparable à l’énergétique baby-boom d’après guerre, mais quand même. Depuis 7 ans donc, les naissances sont en hausse, au total, mais aussi le nombre d’enfants par famille. Hausse principalement due aux nouveaux arrivants, mais pas uniquement grâce à eux. Les pronostiques s’annoncent également prometteurs pour les deux prochaines décennies au Québec et en Ontario.

Avec le problème contant des places limitées en garderie, le gouvernement prévoit que d’ici 5 à 7 ans, les nouveaux bébés devront passer leur petite enfance au domicile familial. Pas facile compte tenu du contexte social actuel où la femme a, à juste titre par ailleurs, repris une place importante sur le marché du travail.

Toutes ces conjonctures m’ont fait penser à quelques idées intéressantes.
Et si nous étions privilégiés en ce moment? Privilégiés de voir, de vivre, et surtout d’être conscient, d’une tournure dans l’histoire? Une espèce de retour aux sources, tout droit vers l’époque de nos aïlleux?

Si dans un quart de siècle, l’odeur de fumier bien frais emplissait nos narines en Mauricie, en Montérégie, dans Lanaudière, dans les bois-francs, au lieu de l’odeur pétrolifère du carburant organique? Si nos femmes et les femmes de nos fils, si nos frères et les fils de ceux-ci décidaient, par obligation peut-être, de rester à la maison, de travailler la terre? Si les enfants redécouvraient le plaisir de jouer avec leurs frères et sœurs. Si l’époque vers laquelle nous nous dirigeons nous obligeait à revoir complètement notre mode de vie. Fini les Wallmart, les cinémas maisons, les Hummers. Fini les mobylettes, vive la bicyclette, le cheval, le poney, les calèches!

Si un crash économique nous forçait, pour survivre, à éliminer de nos vies les artifices de la vie à crédit que nous connaissons. Et puis fini internet! Qui aurait les moyens de se payer le haute-vitesse! Achetons plumes et papiers, redécouvrons le bonheur de prendre le temps d’écrire!

Bien sûr, ce n’est pas demain la veille que cela se produira. Mais peut-être en sommes-nous les acteurs actuels, qui inconsciemment sommes en train d’entrer en coulisses, cherchant le costume le plus approprié. Face à une telle image, je crois que le mieux à souhaiter est que tout le monde s’achète dès maintenant de gros véhicules V8 surpuissants, un sea-doo, un fifth-wheel! Brûlons les réserves de pétroles au plus vite et sans ménagement! Vite, que l’on soit rapidement obligé de ralentir et de constater notre gâchis!

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Sur un vieux banc – l’échange

Sur un vieux banc – l’échange

Je vous présente ici ma première publication, intitulée «Sur un vieux banc | l’échange». Cet essai de 72 pages évoque la rencontre fortuite de trois personnages lors d’un incident tragique. C’est à travers leur regard bien différent et personnel que vous découvrirez cet événement qui les unira à jamais. La création de cet essais m’a permis de me familiariser avec la recherche et la mise en place de personnages et de scènes.

L’après-midi du dernier jour emplit Jean-Jacques d’amertume.Son atelier lui manquait, et il envisagea le projet fou de déménager ses effectifs ici, en plein coeur de la nature. Évidemment, il n’en ferait rien. Le tanneur tanne, et la ville s’occupe de lui, c’est bien connu. Au détour d’une rencontre fortuite qui allait bousculer sa vie et unir à jamais trois personnages plus grands que nature, Jean-Jacques devra apprendre à se réapproprier sa vie.

« Sur un vieux banc – l’échange » est disponible en format papier ou en format électronique .pdf à partir de seulement 1,25$ USD.

Bonne lecture!

ISBN 978-0-557-04821-2
Copyright Denis St-Michel (Licence de copyright standard)
Éditeur denisatdstmicheldotca
Published février 24, 2009
Langue French
Pages 74
Reliure Perfect-bound Paperback
Interior Ink Black & white
Dimensions (cm) 10.2 wide × 15.2 tall

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Maître renard

Maître renard

Maitre renard, de son arbre perché,
contemplait plus bas le corbeau écrasé.
Son ramage n’était point agréable,
et son plumage moins que beau.

J’ai bien fait de lui faire peur, de grimper pour le tuer.

Mais si de faire taire un pareil drôle d’oiseau,
l’occasion m’est donnée à nouveau,
J’apprendrai à descendre, avant de lui faire la peau.
Je pourrai ainsi le manger, et m’en faire un chapeau.

Croââ pauvre Renard n’as tu rien compris?
Dit le corbeau au renard surpris.
Les corbeaux ne meurent pas, et de toi ils se rient!

Et de s’envoler sur une branche plus haute.
Et de laisser tomber sur son front
Quelques chauds arguments pour le faire réfléchir pour de bon!

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